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Eté 1936. Une usine occupée par les grévistes. On tape le carton et on danse. Le rideau se lève sur un ouvrier, casquette vissée sur la tête, pianotant sur son accordéon un air délicieux de Yann Tiersen, tiré du film « Amélie Poulain ». L’ambiance est pourtant lourde, car le patron, Mr Leblanc, « pas si blanc d’ailleurs », comme le découvriront ouvriers et spectateurs, vient d’être assassiné, sa tête retrouvée écrasée par la presse de l’usine.

Ce jeudi 26 avril, les lycéens de Terminale CAP du Lycée Cantau ont bravé leur timidité pour proposer une remarquable pièce de théâtre, « Grève ou crève », au Théâtre Quintaou.

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Voilà des mois qu’une fois par semaine, ils ne sont plus de futurs peintres, plaquistes, installateurs thermiques ou menuisiers. A travers un projet au long cours porté par leurs enseignantes de français, Stella Perez et Patricia Glory, et soutenus par deux comédiens du Théâtre des Chimères, Sophie Bancon et Patxi Uzcudun, les voilà devenus dramaturges, décorateurs, techniciens du son… et comédiens.

Grèves de 1936

Cette pièce de théâtre, ils l’ont portée du début à la fin : ancrés dans l’ambiance des grèves de 1936, thème inscrit dans leur programme d’histoire, les lycéens ont navigué entre polar historique et drame passionnel.

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Le patron vient en effet de confondre son épouse avec son amant, et assassiner ce dernier, le découpant en morceaux. Le forfait établi, il rejoint son usine et surprend des ouvriers en train de coller des affiches de grève. La tension monte, et voilà le patron assommé, puis assassiné à coups de couteaux par des ouvriers immigrés, avant de voir sa tête écrasée par la presse de l’usine, par des ouvriers un peu échauffés, revenus du bistrot, et qui viennent de découvrir que le patron ne leur avait pas distribué les primes promises par les accords de Matignon.

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L’intrigue : le commissaire, l’inspecteur et son adjoint ont dû élucider un double meurtre.

 

Salle comble

L’intrigue finement mise en scène, portée par d’insolites bruitages, et le refrain de « Y’a de la joie » de Charles Trenet scandant chaque scène, a accouché d’une remarquable production, qui a fait salle comble lors des deux représentations de la journée.

Les décors, entièrement réalisés par les élèves dans le cadre des divers enseignements professionnels, ont aussi participé de la réussite de la pièce.

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« Ce projet m'a intéressé car on découvre d'autres choses que les cours. Puis on découvre une autre personnalité des gens. Le théâtre m'a appris de bonnes choses comme ne pas avoir honte, surmonter son stress... » a livré Ismaël, qui incarnait un ouvrier immigré basque. Mélissa, qui a notamment géré l’élaboration des affiches et des programmes, confie, elle : « ce qui m'a énormément intéressée, c'est d'écrire l'histoire avec tout le monde. Chacun y a mis du sien et ça a donné une pièce de théâtre géniale. »

« Un bon noyau d’élèves, soucieux de mémoriser texte et jeu de scène, a porté toute la préparation», confirme Patricia Glory. « D’autres, entre désinvolture et timidité, n’ont vraiment habité leur personnage que ces dernières heures ».

Les coulisses, le public ne les aura pas soupçonnées. La magie du théâtre, cette fameuse catharsis, a pleinement fonctionné, honorant ces jeunes souvent d’habitude bien loin de la sensibilité théâtrale.

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